Anguille d’Europe

Poissons

Anguilla anguilla (Linnaeus, 1758) – Famille des Anguillidae – (en) European Eels

CR 2008 UICN – CR 2011 Europe – CR 2019 France (en déclin) – VU 2000 Rhône-Méditerranée-Corse

Ce Poisson mesure entre 40 et 150 cm et atteint les 4 kg pour les femelles les plus grandes.

Il s’agit d’un Poisson migrateur catadrome amphihalin thalassotoque. Seul une très faible nombre d’individus va réussir à se reproduire. La reproduction se passe outre Atlantique dans la Mer des Sargasses, mais vraisemblablement aussi ailleurs. Cette espèce peut s’hybrider avec l’Anguille américaine (Anguilla rostrata), le taux d’hybridation pouvant passer les 15% dans les populations islandaises d’Anguilles par exemple.

L’Anguille d’Europe occupait l’essentiel du continent et les jeunes individus remontaient jusqu’à des altitudes moyennes le long des cours d’eau des bassins de l’Atlantique, la Manche, la Mer du Nord, la Baltique, la Méditerranée et localement dans la Mer Noire. Les adultes se déplacent en profondeur (400-700 m) lors de leur voyage reproductif vers la Mer des Sargasses. Les larves leptocéphales éclosent en profondeur dans les Sargasses et entament une très lente migration au grès des courants dans un environnement pélagique. Il leur faut près de deux ans pour retrouver les côtes européennes, les individus s’orientant par l’entremise du champ magnétique terrestre. A l’arrivée, elles se transforment en civelles (ou pibales) et entrent dans les eaux douces des estuaires notamment au printemps et en été. Les transformations se poursuivent et l’anguillette est la jeune anguille, devenant jaune ou parle d’anguilles jaunes. Certaines civelles arrêtent leurs déplacements et restent dans les estuaires ou pénètrent dans des lagunes où elles continuent leur développement. Les anguilles jaunes restent, tout en grandissant, à ce stade pendant 3 à 15 ans (10 ans en moyenne). Ces Anguilles survivent à l’assèchement de leur environnement et savent dépasser cette difficulté ou les obstacles par des déplacement, nocturnes, par voie terrestre. Proche de la maturité, elle se charge de réserves lipidiques et devient une anguille argentée. Lors des crues automnales ou hivernales, elle regagne le milieu océanique ou marin et alors subit quelques modifications physiologiques lui permettant de s’adapter au milieu salé. Les mâles sont matures vers l’âge de 9 ans en moyenne et 12 ans pour les femelles. Lors de leur retour par les eaux profondes de l’Atlantique, les anguilles continuent de se transformer. La nuit, elles remontent près de la surface puis redescendent pendant la journée échappant ainsi à la lumière. La maturation des organes sexuels semble favorisée par la pression hydrostatique des profondeurs et l’absence de lumière de l’environnement aphotique correspondant. Le déplacement peut atteindre plus de 40 km par jour et il est actif. Il est a minima de 3 km en une journée. Les adultes atteignent les Sargasses dans la même année, mais d’autres se dispersent et n’effectuent leur reproduction que l’année suivante. Les pontes ont lieu en hiver en général (décembre à février). Les populations du bassin méditerranéen passent par le détroit de Gibraltar évidemment et rejoignent bien les Sargasses à l’instar des autres populations européennes. De manière générale l’espèce est aux différents stades de sa vie sensible à la lumière et varie ses comportements en fonction de cette composante du biotope.

L’espèce est en très net déclin sur quelques uns de ses fiefs en France, comme en Bretagne, mais elle est connue pour progresser légèrement sur certains secteurs comme les bassins de la Garonne ou de l’Adour, voire de la Seine aval () probablement du fait des actions de préservation de l’espèce. La quantité de civelles n’est qu’à 10% de leurs effectifs historiques [2019].

Répartition dans la Drôme
©©byncsa – Cyrille Deliry (Entre Amis)

J’ai analysé avec quelques détails la situation de l’espèce en Rhône-Alpes (Deliry 2014), où l’espèce était répartie sur l’ensemble de la région, tant dans les bassins du Rhône que de la Loire, l’espèce remontant peu ou pas la Saône ou l’Isère. Devenue très rare dans le Bassin du Léman, l’espèce est en net déclin dans le bassin du Lac du Bourget. Le déclin signification de l’espèce est connue de plus sur la basse vallée de la Drôme selon J.M.Faton (com.). L’espèce est alors jugée en Grave Danger dans la région (CR 2010), ainsi qu’en Isère (CR 2010). Ce Poisson est dans la région parmi la dizaine d’espèces qui sont indigènes et relativement répandues.

Il s’agit d’une espèce très menacée en Europe, dont les populations sont en effondrement depuis les années 1980, si bien qu’elle est classée En Grave Danger (CR) par l’UICN. Par exemple dans les eaux suédoises, les populations se sont effondrées de 95% depuis les années 1960. La surpêche des civelles, le braconnage, les produits toxiques, les obstacles artificiels et la pression de nouveaux parasites interviennent durement dans l’érosion des populations d’Anguilles. Malgré les alertes lourdes, l’espèce n’a été protégée en Europe qu’en 2007 et l’exportation des civelles n’est interdite que depuis 2010. La charge polluante des individus, par bioacumulation des produits toxiques rend les individus impropres à la consommation humaine dans divers cas. Des études récentes des parasites des Anguilles de Corse, montre une augmentation au cours de la dernière décennie (entre fin des années 2000 et le début des années 2020) de certains parasites qui n’existaient pas initialement et introduits en Europe dès les années 1970 (Esposito & al. 2023).

  • Adam G. 2008L’anguille européenne: indicateurs d’abondance et de colonisation. – Éditions Quae.
  • Anonyme 2013 Tendances évolutives des populations de poissons de 1990 à 2009. – Eaux France, les synthèses n°7, mai 2013.
  • Deliry C. 2014 – Catalogue des Poissons de Rhône-Alpes & Dauphiné. – Histoires Naturelles n°3 (première édition en 2009). – PDF
  • Esposito A. & al. 2023 – Macroparasite Communities with Special Attention to Invasive Helminths in European Eels Anguilla anguilla from Freshwaters and Brackish Lagoons of a Mediterranean Island. – Fishes, 8, 375. – ONLINE