Apron du Rhône

Poissons

Zingel asper (Linnaeus, 1758) – Famille des Percidae – (en) Rhône Sterber

Noms locaux : Anadelo (Gard), Dauphin (Dijon), Roi des poissons (Saône), Sorcier (Ain, Rhône), Roi du Doubs (Suisse)

CR 2006 UICN

Il s’agit d’un Poisson de taille modeste, ne mesurant que 12 à 18 (21) cm à l’âge adulte. Trois bandes noires et sa morphologie particulière caractérisent cette espèce qui a un moment frôlé l’extinction.

Aquarium, Maison des Ramières (Drôme) le 12 août 2010
©© byncsa – Cyrille Deliry (Histoires Naturelles)

Originellement l’Apron occupait près de 2200 km de linéaire du fleuve et de rivières dans le Bassin du Rhône où il est endémique. On ne le trouve plus que sur une longueur de 365 km environ désormais. Les plus grosses populations relictuelles sont sur les Bassins de l’Ardèche (Ardèche, Beaume, Chassezac) et de la Durance (Durance, Buëch, Jabron, Asse, Sasse). On en trouve encore sur le Verdon (secteur déconnecté de la Durance), la Loue, en Suisse sur le Doubs selon des populations fragiles et en déclin. Il est de nouveau présent sur la Drôme suite à une stratégie de réintroduction menée jusqu’en 2018 à partir d’individus issus de la population de la Durance.

Rondelet (1558) dit qu’il se pèche dans le Rhône principalement entre Lyon et Vienne, il est nommé en latin Asper en raison de l’apreté de ses écailles. Se trouve aussi dans le cours inférieur du fleuve, la Saône, le Doubs, l’Isère (Blanchard 1866). Elle est très menacée en Suisse, sur le Clos du Doub où ne subsistent plus qu’une centaine d’individus, en déclin en raison notamment d’obstacles à ses déplacements (Office fédéral de l’environnement 1999). Sur cette localité il en restait un peu plus d’une vingtaine en 2009. Il est désigné « Poissons de l’année » en 2013 en Suisse (Web ➚). Espèce disparue de l’Ain, l’Isère, le Rhône, la Savoie et la Haute-Savoie (Deliry 2017).

Espèce en fort déclin très menacée, subendémique de France ; on doit la considérer comme disparue de plusieurs départements (voir plus haut). Endémique du Bassin du Rhône qu’elle occupait quasi intégralement encore vers 1900, remontant la Saône et le Doubs, le Rhône probablement jusqu’à proximité du Fier, l’Ain, l’Isère jusqu’à la Combe de Savoie, la Drôme jusque vers Die, l’Ardèche et la Durance, ainsi que quelques affluents. Vers les années 1970-80 l’espèce n’est plus localisée qu’en quelques points de cette aire relativement étendue : amont de Lyon, Basse Vallée de l’Ain, vers la confluence de l’Isère, Basse Vallée de l’Ardèche, populations morcelées sur la Durance, seule la Drôme semble avoir conservé l’essentiel de sa répartition originelle, néanmoins nous voyons avec Keith & al. (2020) que les populations actuelles présente sur la rivière, seraient issues de réintroduction. Depuis le déclin s’est poursuivi et l’espèce est l’objet d’actions de conservation importantes. La rivière de la Beaume en Ardèche se révèle posséder une belle population d’Apron (Deliry 2017).

Réparation (en blanc) de l’Apron du Rhône au début du XXe siècle, dans les années 1980 et les années 2000

 → Site du Plan National d’Actions (2020-2030) en faveur de l’Apron du Rhône

Portions de rivières de galets et de graviers, voire de blocs épars en eau relativement courantes, mais en aval de la stricte zone à truites. Ce sont souvent des eaux peu profondes. L’alternance avec de zones plus calmes optimise la présence du poisson. S’il est peu sensible à la qualité des eaux, ses proies pouvant l’être, sa répartition est en conséquence conditionnée. C’est un poisson benthique.

Se reproduit une fois l’an entre février et avril, dans des eaux fraîches de 11°C à 14°C. Les pontes sont formées de gros œufs en quantité limitée. L’incubation dure entre 20 et 30 jours. Les alevins sont d’abord « pélagiques » puis au bout d’une quinzaine de jour ils rejoignent le fond où se déroulera l’essentiel de leur vie de poisson. Une femelle d’Apron ne se reproduit qu’une ou deux fois au cours de sa vie qui dure maximum 3-4 ans. L’Apron est surtout actif de nuit, allant se nourrir dans des zones avec du courant et il se trouve réfugié en profondeur, entre 1,5 et 2,0 m pendant la journée.

Les altérations de son habitat, de la qualité de l’eau, la rupture des continuités des cours d’eau sont autant de causes nuisant au développement des populations d’Apron du Rhône. De simples barrages de galets réalisés par les touristes sur un cours d’eau peuvent nuire aux populations d’Aprons.

Documentaire Apron par le Cen Rhône-Alpes sur Vimeo.

  • Blanchard E. 1866 – Les Poissons d’eau douce de la France. – Baillière, Paris.
  • Boutitié F. 1984 – L’Apron – Zingel asper (Linné), Percidae – Poisson rare menacé de disparition (Biologie – Répartition – Habitat). – DEA. Ecologie des Eaux Continentales. Univ. Lyon l: 22 p.
  • Deliry C. 2017 – Catalogue des Poissons de Rhône-Alpes. – Histoires Naturelles n°3 (Première édition 2009). – PDF
  • Desvignes J.F. 1997Suivi des aprons (Zingel asper) sur la réserve des Ramières. – Rapport TER, Université Lyon I : 20 pp.
  • Georget M., Roche P. & Langon M. 2009 – Bilan de l’état des populations d’Apron du Rhône. – Life apron II.
  • Hornberger O. 1997Guide technique pour le suivi hivernal de l’apron du Rhône dans le bassin de la Drôme. – Rapport de stage Inst. Fr. Environ. : 19 pp.
  • Issartel G. et Vincent S. 1998L’apron du Rhône (Zingel asper) sur les cours d’eau d’Ardèche méridionale : répartition, effectifs, cartographie. – Rapport CORA 07 à DIREN Rhône-Alpes : 30 pp. + ann.
  • Keith P. & al. (coord.) 2020 – Les Poissons d’eau douce de France. Deuxième édition. – MNHN, Biotope : 704 pp.
  • Mari S. (coord.) 2001 – Guide de Gestion pour la conservation de l’Apron du Rhône. – RNR de France.
  • Office Fédéral de l’Environnement 1999 La monarchie en péril dans le Doubs. – Communiqué du 29 décembre 1999 (archive). – ONLINE
  • Rondelet G. 1558 – L’Histoire entière des Poissons. – Bonhome, Lion.