Calopteryx splendens f. faivrei Lacroix, 1915

Odonates

La forme Calopteryx splendens f. faivrei a été décrite du Poitou par Lacroix (1815). Si cette forme est réputée présente ailleurs en Europe comme par exemple en Pologne ou en Italie, je pense qu’il s’agit en définitive de contextes normaux d’espèces voisines du groupe Calopteryx splendens.

C’est de Saint-Jean-d’Angély qu’une femelle homéochrome, c’est à dire aux ailes originales par leur coloration alors qu’elles sont hyalines chez les femelles habituelles de Calopteryx splendens, est distinguée par Lacroix (1815) comme une variété de Calopteryx splendens splendens. L’exemplaire était dans la collection Lacroix au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris, mais la collection mal conservée est dans un mauvais état et l’individu d’origine a été détruit. Maibach (1987) dit qu’il s’agit d’une femelle homéochrome telles que celles qui existent dans les populations de Calopteryx splendens (il parle du groupe au sens que je lui donne et donc d’espèces voisines) ou chez Calopteryx splendens caprai (taxon que je place sous la sous-espèce différenciée sous le nom de Calopteryx ancilla balcanica var. caprai, ce qui est un concept nouveau et inédit). Maibach (1987) met en relation faivrei avec son Calopteryx splendens caprai, mais par une sorte de confusion géographique, l’a mal localisé car il place ce taxon en Charente-Maritime dans le sud de la France (sic !). Je considère qu’il s’agit d’une forme qui concerne les femelles de Calopteryx splendens (au sens habituel de Calopteryx splendens splendens). Cette forme existe toujours en Charente-Maritime comme en témoigne la photographie ci-dessous.

Calopteryx splendens f. faivrei Lacroix, 1915 qui est une femelle homéochrome de Calopteryx splendens s.str. (soit Calopteryx splendens splendens). Il s’agit d’une photographie de Florence Leenknecht prise en Charente-Maritime le 5 mai 2018 (©© bync – galerie du Monde des Insectes)

Si des femelles homéochromes apparemment similaires existent, d’ailleurs parfois de manière majoritaire dans des populations orientales en Europe, elles concernent à mon sens à des taxons voisins : Calopteryx ancilla ancilla, Calopteryx ancilla balcanica, Calopteryx ancilla balcanica var. caprai. Par comparaison, on voit bien les ailes hyalines habituelles chez les femelles de Calopteryx splendens sur l’image suivante. Le secteur de Saint-Jean-d’Angély en Poitou-Charentes est le seul secteur au Monde où cette forme existe réellement.

Femelle hétérochrome (habituelle) de Calopteryx splendens – Photographie prise le 28 mai 2011 vers Frankfort (Allemagne) par Quarti (pseudonyme – ©© byncsa). La différence est flagrante.
Mâle de Calopteryx splendens s.str. – Photographie prise en 2004 dans les Doubs – ©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles – La forme relativement arrondie de la coloration alaire côté base permet de distinguer cette espèce de Calopteryx ancilla qui présente à cet endroit la forme de sa marque colorée en pointeau dirigé vers la base

Les Calopteryx (famille des Calopterygidae) présentent en Europe à mon sens trois espèces et un groupe formée de quatre espèces voisines, soit un total de sept espèces du même genre. Il s’agit de Calopteryx haemorrhoidalis, Calopteryx helohis qui reste à décrire et Calopteryx virgo. Le groupe Calopteryx splendens comprend Calopteryx splendens, Calopteryx cretensis, Calopteryx taurica et Calopteryx xanthostoma. Une partie de ces espèces est plus ou moins reconnu par la communauté odonatologique qui par ailleurs ajoutent d’autres espèces que je pense confondues. On trouve en Amérique des espèces supplémentaires (Calopteryx aequabilis, Calopteryx angustipennis, Calopteryx cornelia, Calopteryx dimidiata, Calopteryx maculata), et un noyau essentiel se trouve par ailleurs en Anatolie, au Proche Orient ou en Afrique du Nord (Calopteryx exul, Calopteryx hyalina, Calopteryx orientalis, Calopteryx samarcandica, Calopteryx syriaca). Enfin, il reste à préciser Calopteryx japonica qui est proche de Calopteryx virgo dont il forme le pendant en Asie orientale. Il convient de savoir, que malgré de bonnes illustrations, voire descriptions, dès le XVIème siècle (notamment Hoefnagel 1575, Muffet 1589-90, Homberg 1701, Ray 1710, Linnaeus 1746, de la Chesnaye 1754), Linnaeus (1758) confond les Calopteryx européens dans une seule espèce sous Libellula virgo, et il distingue plusieurs variété α, β, γ et δ. À la lecture des descriptions et par recoupement avec des documents annexes, antérieurs ou postérieurs, il apparaît que seule la dernière variété correspond réellement à Calopteryx virgo et les trois premières sont en définitives des variations du Calopteryx splendens (sexe et âges différents). C’est Harris (1780) qui dégage Libellula splendens et l’oppose à Libellula splendeo qui correspond alors à Calopteryx virgo. On trouve désormais un grand nombre de sous-espèces chez Calopteryx splendens selon les auteurs, qui à mon sens sont à ventiler dans une des quatre espèces du groupe Calopteryx splendens. En définitive, selon ma conception, c’est Calopteryx splendens splendens qui se dégage en tant que véritable Calopteryx splendens et ce taxon monotypique, pris donc au sens strict, ne présente en fait pas de sous-espèce particulière. Seule se distingue la forme Calopteryx splendens f. faivrei Lacroix, 1915, taxon qu’il avait distinguée comme une variété (Calopteryx splendens var. faivrei). En conséquence cette espèce correspond à Calopteryx splendens splendens des auteurs. Par une analyse fine on se rend compte que Linnaeus (1746) avait déjà distingué ce taxon sous le nom de Loviƒa reprise sous le nom français de Louise par Geoffroy (1762). Ce taxon particulier est dès le départ dédié à la princesse Louise Ulrika de Prusse (1720-1782), la reine consort de Suède et de Finlande qui fonda en 1753 l’Académie royale de Suède dont Linnaeus était un membre privilégié et la reine a amplement soutenu les travaux de celui-ci. Linnaeus a donc dédié à « sa reine » une Demoiselle de manière particulière (voir détails sous la photographie).

Louise Ulrika de Prusse (1720-1782) à laquelle sont dédiées les libellules nommées Loviƒa et Ulrica par Linnaeus (1746) qui correspondent en définitive respectivement à Calopteryx splendens et Calopteryx virgo. Ceci montre le savant suédois avait distingué deux taxons différents alors qu’en 1758 dans les descriptions originales des Libellula il les confond toutes deux sous Libellula virgo.
Ce mâle dont l’image en couleur rend compte d’une coloration bien caractéristique de Calopteryx splendens s.str. avec un apex hyalin et une marque colorée bien arrondie côté base – Photographie – ©© bysa – Quartl – Allemagne, Frankfort le 25 juillet 2010 (Wikimedia commons)
  • de La Chesnaye F.A. 1754Système naturel du règne animal. – Paris.
  • Deliry C. [2023] Les Calopteryx de Suède par Linné (1746). In : Odonates du Monde (odonata.net), en ligne (2004-2023), version du 5 septembre 2023.
  • Geoffroy E.L. 1762Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris. – Durand, Paris.
  • Harris M. 1780An exposition of English insects. – White & Robson, London. – [Rééd. complète en 1782].
  • Hoefnagel J. 1575 – Animalia Rationalia et Insecta (Ignis). – Planches.
  • Homberg M. 1701 – Observations sur cette sorte d’Insectes qui s’appellent ordinairement Demoiselles. – Histoire de l’Académie royale des Sciences, MDCCXCIX (1699), 1732 (3e éd.) : 145-150.
  • Linnaeus C. 1746Fauna Svecica. – Stockholmiae [Libellula] : 227-232.
  • Linnaeus C. 1758Systema naturae. 10e édition. – Holmiae.
  • Maibach A. 1987 – Révision systématique du genre Calopteryx Leach pour l’Europe occidentale (Zygoptera : Calopterygidae). 3. Révision systématique, étude bibliographique, désignation des types et clé de détermination. – Odonatologica, 16 (2) : 145-174.
  • Muffet T. 1589-90Insectorum sive Minimorum Animalium Theatrum. – Réed. 1634 – Londini.
  • Ray J. 1710 Historia insectorum. – Londoni, Impensis A. & J. Churchill, [Libella] : 47-53 + 140.