Convention universelle de Montréal sur la Biodiversité 2022

Cette convention (COP15), et plus exactement la Kumming-Montréal Global Biodiversity Framework (2022), comprend 4 objectifs généraux et surtout 23 cibles à atteindre d’ici 2030. Elle concerne 196 parties, dont 188 représentées (essentiellement des pays, l’Union européenne formant une seule partie), ce qui lui donne une dimension pour ainsi dire universelle. Elle est la suite et l’héritière de la Convention sur la Biodiversité signée en 1992 lors du Sommet de la Terre réuni à Rio de Janeiro et entrée en vigueur en décembre 1993. Il s’agit d’un Traité international pour la conservation de la Biodiversité, son utilisation durable et la gestion équitable des ressources naturelles découlant des avantages associés à l’utilisation de la diversité de ses ressources génétiques. Cette convention est complétée par les Protocoles de Carthagène (2000) et de Nagoya (2010) qui présentent des rapports respectivement les cibles n°17 et n°13. Il apparaît à la convention que si les mesures décidées ne sont pas appliquer on assistera à la poursuite de l’extinction des espèces selon un taux dix à cent plus plus élevé que la moyenne des 10 derniers millions d’années. La prochaine Convention aura lieu en Turquie en 2024 et traitera notamment des avantages associés à l’utilisation de la diversité des ressources de la Biodiversité génétique. Des rapports d’étape mondiaux seront réalisés à partir des informations de chacune des nation en février 2026 et en juin 2029. Ils rendront compte, espérons-le, d’informations sur les progrès effectifs qu’aura réalisé notre espèce vis à vis de toutes les autres espèces de la Planète.

Cette présentation est un essai, car aussi universelle veut-elle être, certains éléments de cette Convention sembleront pour partie obscurs au lecteur que je suis : je pense que n’ai pas compris correctement certaines des 23 cibles de la Convention. Des efforts de communication me paraissent nécessaire afin que chacun à son échelle puisse s’en approprier les qualités. Toutefois à chacun de faire ce qui est du domaine de ses compétences, sa compréhension de l’ensemble et de ses possibilités, sans tenter de contourner le système par malice ou à des fins de bénéfice personnel. Toute action favorable est nécessaire si on veut tenter d’atteindre les cibles tout comme toute action néfaste pour la Biodiversité semble désormais fondamentalement illégitime et parfaitement inappropriée.

Adoption de la Convention sur la Biodiversité de Montréal 2022
©© by – UN Biodiversity – Flickr
Il faut cultiver notre jardin – Contribuer à la préservation et la restauration de la Biodiversité d’ici 2030
Convention universelle de Montréal sur la Biodiversité 2022
La Théorie du changement : il faut changer radicalement nos schémas de pensée
4 Objectifs
(A) De bons écosystèmes pour une bonne Biodiversité – (B) L’Homme agit en faveur de la Biodiversité
(C) – La Biodiversité est source de bénéfices partagés pour l’humanité – (D) Mobilisation et partage de tous les moyens disponibles pour sauver la Biodiversité
23 cibles
Favoriser la Biodiversité – 1. Changer les usages des écosystèmes importants. – 2. Restaurer 30 % de la surface des écosystèmes dégradés. – 3. Protéger 30% de la surface de la Planète. – 4. Arrêter les extinctions (Arrêter les actions de l’Homme conduisant à l’extinction des espèces).
Relations de l’Homme avec la Biodiversité – 5. Exploiter la Nature de manière durable et ne pas la surexploiter. – 6. Lutter contre les espèces exotiques envahissantes. – 7. Lutter conte la pollution liée aux agrosystèmes (la limiter de moitié d’ici 2030). – 8. Agir pour le climat (Réduction des changements climatiques et de l’acidification de l’environnement). – 9. Exploiter durablement la Biodiversité. – 10. Organiser durablement les exploitations (agricoles, aquacoles, sylvicoles). – 11. Une Nature en faveur de l’humanité.
12. Une Nature accessible pour tous (tout en respectant la Biodiversité). – 13. [cf. Ressources génétiques]. – 14. [cf. Pauvreté chez l’Homme]. – 15. Une consommation durable (Production durable). – 16. Limiter le gaspillage (et les déchets lies à la surconsommation). – 17. Biosécurité (Gestion raisonnée de biotechnologies). – 18. Ne plus inciter à mal faire tout en stimulant le bien faire.
Mobilisation de moyens pour la Biodiversité – 19. Mobiliser des financements (à tous les niveaux, y compris privés). – 20. Programmes scientifiques (à tous les niveaux) en faveur de la Biodiversité. – 21. Organiser la connaissance sur Biodiversité.
Equilibrer la Société vis à vis des actions et des décisions – 22. Organiser un partage équilibré des décisions. – 23. Parité des intervenants dans les actions et les décisions au sujet de la Biodiversité.

Les quatre objectifs sont commentés ci-dessous :

Objectif A De bons écosystèmes avec une bonne Biodiversité. – Tous les écosystèmes sont saufs par leur intégrité, leur connectivité. Ils sont conservés, renforcés ou restaurés de manière à en augmenter la surface de manière substantielle d’ici 2050. Les extinctions d’espèces d’origine humaine sont stoppées de manière à diviser le taux d’extinction par dix d’ici 2050. Les populations des espèces sauvages sont augmentées jusqu’à un niveau viable et durable. Le potentiel d’adaptation des espèces est renforcé par le bon maintien de la diversité génétique, tant des espèces sauvages que domestiques.

Objectif B L’Homme agit en faveur de la Biodiversité. – La Biodiversité est exploitée et gérée de manière durable et les actions de l’Homme en faveur de la nature sont valorisées et maintenues. Celles qui sont actuellement en déclin sont restaurées de manière à permettre un développement durable de l’environnement dans l’intérêt de l’humanité actuelle et future.

Objectif C La Biodiversité est source de bénéfices partagés pour l’humanité. – Les bénéfices, qu’ils soient financiers ou non, résultant de l’exploitation des ressources génétiques de la Biodiversité, des connaissances traditionnelles associées à ces ressources sont partagés de manière équitable et seront augmentés de manière substantielle d’ici 2050, en veillant à la protéger les connaissances traditionnelles qui sont en faveur de la Nature (Cet objectif est assez obscur et mérite d’être éclairci car à la traduction de l’anglais les notions me semblent bien confuses, com. pers.).

Objectif D Mobilisation et partage de tous les moyens disponibles pour sauver la Biodiversité. – Mise en œuvre de moyens d’ordre financier, du domaine des compétences, de la coopération technique et scientifique et du transfert de ces moyens de manière équitable et garantie, accessibles pour toutes les parties, pour tous les pays quelle que soit leur condition, ce de manière à combler les déficits en terme de financement qui actuellement s’élèvent à 700 milliards de dollars par an.

Les 23 cibles définissent en conséquence les actions que les nations se sont engagées à mener, ainsi qu’identifier les actions qu’il convient de cesser. J’ai passé quelques heures à les traduire et souvent les décrypter, sans être certain d’en restituer le sens exact. Je vous livre ici le fruit de ma compréhension des problématiques données pour chacune de ces 23 cibles. Si les quatre premières cibles (1 à 4) ont une action directe sur la restauration et la conservation de la Biodiversité, il est rapidement question de la régulation de son exploitation, de l’impact et des bénéfices liés à l’humanité (6 à 18), avant d’en définir les moyens, notamment financiers, à mettre en œuvre (19 à 21), tout en terminant sur l’importance d’organiser de manière équitable selon toutes les parties de la société, les processus décisionnels ou d’actions, notamment par réaction au déséquilibre du fonctionnement actuel de notre organisation (22 et 23) :

1. Changer les usages des écosystèmes importants. – Veiller à ce que toutes les zones fassent l’objet d’un aménagement ou d’une gestion de manière à changer l’usage des terres et des mers conduisant à réduire à néant d’ici 2030 toute perte de grande importance sur les écosystèmes de grand intégrité écologique, tout en respectant les populations locales.

2. Restaurer 30 % de la surface des écosystèmes dégradés. – Veiller à ce que d’ici 2030, au moins 30 % de la surface des écosystèmes dégradés, fasse l’objet d’une restauration effective en terme de Biodiversité renforcée, fonctionnelle, dont l’intégrité est sauvegardée et que leur connectivité soit renforcée et avec une intégrité sauvegardée.

3. Protéger 30% de la surface de la Planète. – Veiller à ce que d’ici 2030, au moins 30% des surfaces de la Planète et en particulier les zones de grande importance pour la Biodiversité, soient conservées et gérées de manière efficace par des systèmes de protection, tout en permettant aux populations locales de préserver leurs droits et leurs activités traditionnelles. Notonjs que le point de départ est le suivant : actuellement seulement 17% des aires terrestres et 10 % des zones marines de la Planète sont protégées. Les cibles sont à atteindre pour 2030 et la valeur de 30 % en est l’objectif.

« 30-30 pour 2030 »

4. Arrêter les extinctions : Arrêter les actions de l’Homme conduisant à l’extinction des espèce. – Mener en urgence des actions contre toute action humaine conduisant à l’extinction des espèces (sauvages ou domestiquées) et à l’altération de leur diversité génétique nécessaire à leur bonne capacité d’adaptation. Des moyens de conservation durable dans la Nature ou non et une limitation des conflits entre l’Homme et la faune sauvage sera organisée de manière à favoriser leur coexistence.

5. Exploiter la Nature de manière durable et ne pas la surexploiter. – Veiller à ce que d’ici 2030, l’exploitation de la Nature soit réalisée de manière durable, sûre et légale, en empêchant toute surexploitation, en ciblant uniquement les espèces concernées sans dégâts collatéraux, en réduisant les risques de propagation d’agents pathogènes. L’utilisation durable coutumière des populations locales sera respectée.

6. Lutter contre les espèces exotiques envahissantes. – Tendre vers l’élimination de l’impact des espèces exotiques envahissantes sur la Biodiversité locale d’ici 2030. Il s’agit de réduire leur taux d’introduction de moitié et d’éradiquer ou les contrôler la moitié des espèces concernées et en priorité sur les îles où leur impact apparaît comme très critique.

7. Lutter contre la pollution liée aux agrosytèmes : Limiter de moitié la pollution notamment en terme d’agriculture. – Réduire toute source de pollution d’ici 2030 à des niveaux non préjudiciables pour la Biodiversité et aux fonctionnement des écosystèmes, tout en tenant compte des effets cumulatifs. Il s’agit de réduire au moins de moitié les nutriments ajoutés, les pesticides et les produits chimiques très dangereux en se basant sur les acquis scientifiques sur ces problématiques en tenant compte de la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance des populations. L’impact de la pollution par les plastiques est aussi concernée.

8. Agir pour le climat : pour une réduction des changements climatiques et de l’ acidification de l’environnement. – Réduire au mieux l’impact des changements climatiques et de l’acidification des eaux sur la Biodiversité, d’ici 2030, ce qui se traduira par une réduction des risques de catastrophes. Ceci concerne tant des actions sur les causes, que sur une protection contre cet impact.

9. Exploiter durablement la Biodiversité. – Veiller d’ici 2030, à gérer durablement l’exploitation des espèces, ainsi que les bénéfices associés à cette gestion, tout en encourageant l’exploitation coutumière par les populations locales dans la mesure où celle-ci est durable.

10. Organiser durablement les exploitations agricoles, aquacoles ou sylvicoles. – Veiller d’ici 2030, à la gestion durable des entreprises agricoles, aquacoles et sylvicole, ce qui passe par des pratiques respectueuses de la Biodiversité et l’application de méthodes d’exploitation plus écologiques et autres innovations en sa faveur tout en maintenant la sécurité alimentaire des populations et en favorisant le bon fonctionnement des écosystèmes.

11. Une Nature en faveur de l’humanité. – Restaurer, améliorer ou maintenir les contributions de la Nature favorables à l’humanité d’ici 2030, en terme de fonctionnement des écosystèmes, de la régulation de l’air, des ressources en eau, de la qualité du climat, de celle des sols, de l’importance de la pollinisation, de la réduction des risques de maladies, des catastrophes naturelles, par des solutions fondées sur la Nature et son approche raisonnée.

12. Une Nature accessible pour tous dans le respect et en faveur de la Biodiversité. – Augmenter, d’ici 2030, de manière significative la qualité et la connectivité des espaces naturels (verts ou bleus), leurs accès aux populations tout en intégrant une conservation et utilisation durable de la Biodiversité et en l’intégrant dans l’espace urbain et dans les zones les plus peuplées en considérant le bien-être qui en résulte sur les individus.

13. Organiser l’accès aux ressources génétiques de la Biodiversité [?]. – Cette cible m’est particulièrement confuse et alambiquée (com. pers.), elle traite de l’accès aux ressources génétiques de la Biodiversité et de son contrôle par des mesures juridiques, politiques, administratives notamment. Elle semble considérer la régulation de l’accès à ces ressources et à son partage au niveau international. – Cette cible semble avoir un certain rapport avec le Protocole de Nagoya 2010, entré en vigueur en 2014 et actuellement ratifié par 135 parties.

14. Valoriser la Biodiversité de manière à réduire la pauvreté [?]. – De nouveau une cible qui ne me parle pas (com. pers.). Il y est question de la relation entre le processus de l’éradication de la pauvreté des populations et des flux financiers qui y sont associés. La Biodiversité aurait sa place dans cette question, mais je ne comprend pas clairement comment, même si j’y vois quelques relations (com. pers.).

15. Organiser une production durable dans un cadre de consommation durable. – Prendre, d’ici 2030, toute mesure nécessaires pour encourager et permettre les (grandes) entreprises et les institutions financières pour qu’elles contrôlent, évaluent et communiquent obligatoirement de manière régulière leur empreinte sur la Biodiversité, fournissent les informations nécessaires pour que les consommateurs adoptent des modes de consommation durable de manière à garantir des modes de production durable.

16. Limiter le gaspillage et les déchets liés à la surconsommation. – Veiller à encourager le choix de la consommation durable au moyen de cadres politiques, législatifs ou règlementaires, d’ici 2030 dans un cadre de partage équitable, en réduisant de moitié tout gaspillage alimentaire, de manière significative la surconsommation et la production de déchets afin de conduire l’humanité à vivre en harmonie avec la planète.

17. En faveur une gestion des biotechnologie garantissant la biosécurité. – Voir aussi le Protocole de Carthagène 2000, entré en vigueur en 2003 (ratifié par 173 parties à ce jour).

18. Ne plus inciter à mal faire tout en stimulant le bien faire. – Prohiber toutes les incitations, d’ici 2030, y compris les subventions, d’actions ou projets qui sont néfastes à la Biodiversité, en les identifiant d’ici 2025, et en les réduisant d’au moins 500 millions de dollars par an d’ici 2030, en commençant par les incitations les plus néfastes et en renforçant celles qui sont favorables à la conservation et l’utilisation durable de la Biodiversité.

19. Mobiliser des financements substantiels à tous les niveaux, y compris privés. – Mobiliser tous les moyens financiers de manière substantielle à tous les niveaux depuis l’international au local et privé pour la mise en œuvre de stratégies nationales en faveur de la Biodiversité d’ici 2030, mettant en œuvre au moins 200 milliards de dollars par an, en augmentant les ressources financières internationales notamment issues des pays les plus riches à raison d’au moins 20 milliards de dollars par an d’ici 2025, et 30 milliards par an d’ici 2030, en augmentant de manière significative les ressources nationales mobilisées dans le cadre de plans nationaux adéquates et en mobilisant en parallèle et conjointement, des fonds privés en les associant de manière nouvelle dans les mécanismes des financements en faveur de la Biodiversité, tout en favorisant les moyens incitatifs favorisant la mobilisation de tels fonds. La stimulation basée des financements liées aux bénéfices associés ou en faveur des écosystèmes, à la réduction des émissions en faveur du climat, les bénéfices réciproques entre les populations locales et leur environnement liés à des actions collectives, est encouragée. Le cadre souhaité est celui de la transparence de la fourniture et de l’utilisation des ressources.

20. Programmes scientifiques internationaux ou locaux en faveur de la Biodiversité. – Réduire l’écart entre les secteurs de la Planète, en terme de développement des compétences, de l’accès aux technologies, aux connaissances scientifiques en favorisant des programmes de recherche internationaux ou en exportant localement les compétences et les moyens de l’action, des savoir-faire et de la connaissance.

21. Organiser la connaissance sur la Biodiversité. – Mettre à disposition de tous les meilleures données utiles à la gouvernance éclairée de la Biodiversité et à renforcer la communication, la sensibilisation, le suivi, la recherche et la gestion des connaissances sur ce sujet de manière accessible à tous, mais dans le respect des secrets liés aux savoir-faire des populations locales, si ceux-ci souhaitent être réservés.

22. Organiser un partage équitable et équilibré des décisions au sujet de la Biodiversité. – Il s’agit d’une cible dont le thème porte sur la qualité et la représentativité équitable de chacun et des toutes les parties dans le cadre de prises de décisions, y compris dans le respect des cultures et des traditions locales, tout en associant des acteurs de l’humanité souvent négligés jusqu’alors, tels les femmes, les filles, les enfants, les jeunes, les handicapés.

23. Les problématiques sur la Biodiversité se doivent d’être paritaires. – Cette dernière cible traite de nouveau de bon équilibrage de chaque partie de la société dans la mise en œuvre des actions en faveur de la Biodiversité, et reprend l’importance de veiller à la prise en compte des femmes et des filles dans les processus d’action, d’engagement, de politique et de prise de décision liées à la Biodiversité.

La malice à tenter de contourner les cibles et les moyens à mettre en œuvre nécessaires à la réussite de cette entreprise devient fondamentalement illégitime et inappropriée. Désormais, il est universellement clair que toute action néfaste vis à vis de la Biodiversité, ainsi que toute incitation dans ce mauvais sens, relève d’une procédure parfaitement malvenue et répréhensible. Il s’agit de faire le bien et lutter contre le mal, selon un système quelque peu manichéen, mais probablement nécessaire pour l’avenir de la Planète et de l’humanité. Toutefois des aménagements et de nuances seront nécessaires et les principales difficultés seront de s’entendre sur ce point : jusqu’au peut-on tolérer de nuire à la Biodiversité ? Comment lui nuire sans l’endommager durablement ?

Source – Communiqué de presse officiel de la CBD (Convention on Biological Diversity) daté du 19 décembre 2022 – PDF LINK

Cyrille Deliry – Niort le 23 décembre 2022