Loup de Linné et Loup romain

Mammifères

Canis lupus lupus Linnaeus, 1758 (Loup de Linné) – Canis lupus italicus Altobello, 1921 (Loup romain) – Famille des Canidae

syn. – Loup gris, Loup commun, Loup vulgaire

LC 2016 UICN – LC 2007 Europe – VU 2017 (VU 2009, EN 1994) France

On dit beaucoup de choses sur le Loup, on diffuse des informations diverses et variées et si nous avons pu succomber comme tous à l’imaginaire collectif, il convient de rester critique en ce qui concerne les éléments dits autour de cette espèce. Attention de ne pas « crier au loup » par erreur ! Une augmentation du nombre de bergers, un renforcement du cheptel de Cervidés ou autres grands Mammifères est à préconiser en parallèle avec l’accompagnement des populations dans la connaissance de cette espèce fascinante à l’instar de ce qui a pu être fait en Italie où notons-le, le mythe fondateur du Loup a été beaucoup plus favorable que les comptines centro-européennes sous l’influence desquelles nous nous trouvons.


Éléments de description, variations et contacts avec le Loup

Long de 90 à 150 cm, pesant de 20 à 80 kg pour les mâles, 18 à 50 kg pour les femelles, les deux sexes se ressemblent, mais les mâles sont plus grands et plus lourds que les femelles. Chez le Loup romain, le dimorphisme sexuel est assez faible et ils ne passent guère les 50 kg.

De grands Chiens peuvent être confondus avec le Loup. Il convient de repérer le pelage plus nuancés chez le Loup romain qui vit en France, avec un dos sombre (à tendances rousses chez lui) contrastant avec des flancs plus clair, un masque labial clair terminé à la base du coup, plus diffus et fondu dans le reste du pelage chez les Chiens, l’avant des pattes marquées d’une ligne noire (cas du Loup romain), absente chez les Chiens en général, des oreilles plus courtes et plus arrondies ainsi qu’une queue relativement courte s’arrêtant au niveau de la jambe. Les traces isolées sont difficiles à distinguer (pied souvent plus allongé, moins arrondi que celui des Chiens), néanmoins le pas est sûr et les pistes sont relativement droites, n’hésitant pas, les meutes se déplaçant à la queue leu leu tendant à mettre le pas dans le pas du précédent de la file et elles se caractérisent volontiers dans le cas d’une individu isolé par une double marque le pied dans le pied (voir photo plus bas). Enfin, il est parfois aisé dans le cas de meutes « coopératives » d’entendre des hurlements collectifs caractéristiques et sensibles à la repasse (à utiliser avec modération) générant des réponses du groupe. Néanmoins certains groupes de Chiens, notamment de la race des Husky, souvent rassemblés pour l’attelage de traineaux, produisent des hurlements collectifs similaires et il convient de savoir si de tels individus sont élevés sur le secteur des sites d’écoute. Un hurlement isolé est le fait de diverses races de Chiens le plus souvent. On doit considérer les excréments ou les poils comme impossible à distinguer de ceux des Chiens sans analyse génétique.

Connu sous le nom de Lupus par Gesner (1551), Lupus vulgaris par Charleton (1668), il s’agit encore du Loup, Loup gris, Loup commun ou Loup vulgaire. J’ai distingué le Loup de Linné (Canis lupus lupus) du Loup romain (Canis lupus italicus). Cette espèce est à l’origine du Chien domestique (Canis lupus familiaris) dont la présence est attestée au Proche Orient, en Espagne, Italie et Allemagne il y a environ 14000 ans. La domestication date de 33000 ans selon d’autres sources et d’autres localités… Le Chien est connu en France dès le début de l’Holocène et il a été introduit en Corse vers le VIe millénaire avant JC. Les Chiens marrons, comme le Dingo (Canis lupus dingo) ou le Chien chanteur (Canis lupus hallstromi) sont considérés comme des sous-espèces férales du Loup, extraites de la domestication depuis des milliers d’années. Le métissage entre les Loups sauvages et des Chiens marrons, voire domestiques est un phénomène à la marge qui peut être étudié par des analyses d’ADN. Le taux par métissage récent est en France de 2,5%, néanmoins environ 6% des Loups présentent un Chien parmi ses ancêtres antérieurs. Ce sont des taux similaires qui sont connus en Europe [OFB 2023]. Ceci signifie clairement que des croisements ont lieu dans la nature entre des Chiens marrons, voire fugueurs ou divaguants, domestiques et des Loups sauvages. Ainsi un peu moins d’une observation sur 10 ne concerne pas un Loup véritable, mais un Loup métissé ce qui n’est pas négligeable.

  • Canis lupus lupus Linnaeus, 1758 – Loup de Linné ou Loup gris commun
  • Canis lupus familiaris Linnaeus, 1758 – Chien domestique, Chien marron
  • Canis lupus italicus Altobello, 1921 – Loup romain. J’ai forgé ce nom vernaculaire en regard de l’animal mythique qui a contribué selon une légende forte et fondatrice de la société occidentale en Europe.

On identifie nombre d’autres sous-espèces : Loup arctique (Canis lupus arctos), Loup du Canada (Canis lupus occidentalis), Loup des Grandes Plaines (Canis lupus nubilus), Loup mexicain (Canis lupus bailleyi), etc…

Histoire Naturelle en Europe

Suite au déclin du Loup, en Europe, les populations espagnoles et italiennes, déjà génétiquement distinctes des populations principales, se sont trouvée isolées un temps du reste des populations. Il disparaît d’Angleterre au XVIe siècle, et Linné parle de son déclin en Suède au XVIIe siècle. L’espèce a d’abord été exterminée de la zone centrale et ouest européenne. Plusieurs populations restent stables à l’échelle récente (Pologne, Espagne, Slovaquie), mais de plus petites populations sont menacées (Bulgarie, Suède). En Europe, les meutes ne passent pas les 15 individus et occupent un territoire de 700 à 1500 km2 (150 à 300 km2 en France).

La population italienne (Canis lupus italicus) est en train de rétablir les connexion suite à sont expansion côté France et dans le Sud de l’Europe moyenne depuis les années 1990 notamment. La population italienne n’était forte que de 400-500 individus dans les années 1990. La dernière mention en Suisse du Loup datait de 1855. L’espèce a de nouveau été observée dans ce pays dès 2007, notamment dans le canton de Vaud. L’espèce paraît en augmentation sur le continent, mais ceci masque des déclins locaux ou des fragilités comme en Espagne.

France : disparition du Loup de Linné, puis retour dès 1992 du Loup Romain depuis l’Italie

Depuis la fonte des glaces, le Loup a occupé l’ensemble de la France tout au long de l’Holocène. Son déclin n’a débuté qu’après le Moyen-Âge, voire la Renaissance. Il a vécu temporairement en Corse après son introduction vers les VIe millénaire avant JC, toutefois la distinction avec des Loups de domestication récente reste délicate. Dumerchat (2010) souligne la faiblesse paradoxale du nombre de preuves de relations entre le Loup et l’Homme au cours de la Préhistoire, la période de l’Antiquité et même du Moyen Âge. Charlemagne a toutefois, pris en 813 une disposition pour lutter contre les Loups. Il créa les premiers officiers de Louveterie alors nommés Luparii. Il fut imité par plusieurs de ses successeurs ; les premiers louvetiers, gens du peuple dont la vocation était l’éradication du Loup, apparaissent en 1318. François Ier définit en 1520 les fonctions de grand louvetier et sous Louis XIV le dauphin en personne devint responsable de la louveterie.

Au début du XIXe siècle l’espèce était présente dans 85 départements de France (Grillo 1997). Elle a disparu ensuite. Les deniers refuges en France à la fin du XIXe siècle sont la Meuse, la Bretagne ou la région du Poitou. En 1852 on tua encore 565 Loups dans le Finistère, secteur dont il a été éradiqué ensuite suite aux campagnes à la strychnine pratiquées dès 1885. Il reste signalé dans les années 1930 en Franche-Comté et il disparaît totalement à la fin de cette décennie avec quelques derniers cas en Poitou, Berry ou Limousin. On s’est interrogé sur le maintient ou non de l’espèce dans le pays. Ainsi un adulte a été tué en 1952 en Haute-Savoie, mais il s’agit de toute évidence d’un individu erratique. Il en est de même pour un autre individu, probablement erratique aussi, tué vers Sermérieu en Isère en décembre 1954 (son analyse génétique étant faite, il s’agit d’un Loup romain). Dans les années 1960, la presse signale presque chaque année des animaux soit-disant abattus par les chasseurs ou des traces dans la neige. Aucun élément probant n’existe à ce sujet. Une dizaine d’animaux divaguant vers Mont de Marsan (Landes) en 1968 ont été l’objet d’une introduction volontaire. Ils n’ont pas eu de descendance.

De retour en 1992 (Alpes méridionales), l’espèce est désormais présente et régulière dans divers départements de l’est de la France, a priori représentée par le Loup romain (Canis lupus italicus). Dès la fin des années 1990, on trouvait le Loup sur divers secteurs des Alpes (Mercantour, Vercors, Queyras, Maurienne, Belledonne, Oisans) et il est noté en erratisme jusque dans les Vosges, le Massif Central ou les Pyrénées. La première meute située en Vésubie-Tinée, produit des jeunes dès cette décennie. La reproduction n’a d’abord lieu que dans les Alpes et il faut attendre 2013 pour qu’elle soit signalée en dehors de l’arc alpin, en l’occurrence dans les Vosges (fait ponctuel et non répété depuis). Hormis cette parenthèse, on n’a encore à la fin des années 2010, aucune preuve de reproduction du Loup en dehors des Alpes. On comptait alors, près de 12000 individus en Europe répartis en 1500 meutes environ (300000 individus dans le Monde). La population française reste encore très limité à l’époque (43 meutes seulement, toutes dans les Alpes mais avec des installations jugées permanentes dans les Vosges et le sud du Massif Central et très localement dans les Pyrénées, sans meute détectée). Les effectifs sont estimés généralement au printemps et ils sont de l’ordre de 900 individus en 2023 en France.

On comptait en 2017, en France environ 600 Loups détenus en captivité par une soixantaine de personnes autorisés à cette activité qui est réglementée par des autorisations spéciales mise en place en 2000 [OFB 2023].

Les populations de Loup dans la région Rhône-Alpes étaient importantes dans les années 17901, notamment en Isère et dans l’Ain. Elles étaient assez abondantes dans les autres département, mais rares en Savoie. Un siècle plus tard, en 1898, l’Ardèche et la Loire constituent les marges d’un noyau relictuel de populations en France. Les derniers Loup de Linné (Canis lupus lupus) sont en Ardèche en 1907, en Isère, dans le Vercors dans les années 1880, dans la Loire en 1908, le Rhône en 1880 et la Savoie en 1897. Les premiers retours signalés en France, le sont dans le Mecantour en 1992 (Grillo 1997). Ainsi le Loup de Linné est déclaré disparu de la région au début du XXe siècle (RE 2008). Il s’agit désormais du Loup romain (Canis lupus italicus) qui est revenu dans la région. Le statut régional du Loup romain est VU (2009).

En France le Loup est une espèce protégée suite à la ratification en 1990 de la Convention de Berne (1979) et en 1994 de la Directive Habitats (1992). Ceci doit se traduire par une interdiction de sa destruction qui est punie par la Loi (le braconnage est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 150000 € d’amende notamment) et par des actions de conservation. Toutefois dans un contexte de conflit d’intérêt avec les éleveurs, des dérogations sont accordées pour éliminer certains individus si des dommages importants sont portés à un troupeau uniquement lorsqu’un arsenal de mesures de protection ont été dûment mises en place (chiens de berger, parcage nocturne, personnel permanent, bergers par exemple) et si les prélèvements ne nuisent pas à un état de conservation favorable de l’espèce, à savoir que celles-ci ne nuisent pas au maintien de population du Loup. Ceci est règlementé par un quota de destruction des individus. Il convient de noter que ce principe de dérogation omet les phénomènes de destructuration des meutes que les destructions induisent et il est responsable d’une augmentation de la dispersion de l’espèce vers de nouveaux territoires, donc une accélération de son expansion (voir Éléments de Biologie). Les derniers éléments soulignent un déclin des populations entre 2022 et 2023, avec une perte de près d’une centaine d’individus, soit un déclin de près de 10 % en une seule année, le prélèvement artificiel était sur la même période de 200 individus, soit 20% de la population totale sur une année.

Quelques derniers Loup de Linné de France en Grand Poitou

En Poitou-Charentes & Vendée la première mention datée du Loup est donnée en Vendée, le 15 juillet 1741 (de Beaufort 1986). Je n’ai pas trouvé plus de précisions sur cette mention pour l’instant, mais celle-ci apparaît comme probablement la plus ancienne donnée naturaliste connue en Poitou-Charentes. Les derniers Loups du Grand Poitou auraient disparu dans les années 1930. J’ai noté dans un premier temps que l’espèce de retour en France devrait être bientôt, sinon un jour dans la région… La présence du Loup doit y remonter à la nuit des temps : il est signalé dès le Paléolithique (anté-Holocène) sur l’essentiel des départements non littoraux. Sur ces derniers il n’est indiqué que plus tard, en général dès l’âge de Bronze ou du Fer (donc pas avant 4000 AP). Ce ne sont pas moins de 150 toponymes faisant référence au Loup qui sont identifiés dans la Vienne et 60 dans les Deux-Sèvres (Prévost 2014).
Des signes de présence possible seulement… Quelques premiers indices récents sont disponibles pour la Vienne et pour la Charente, mais pour l’instant quasi aucune preuve d’un animal qu’on pense, déjà présent jusqu’en Bretagne. Il est bien signalé dans le Limousin et côté Aquitaine ou Vendée, mais on en est au même point qu’en Poitou-Charentes (indices sans preuves). Il est finalement de retour en Poitou-Charentes dès fin 2019… mentions ponctuelles d’erratisme pour l’instant. Les meutes les plus proches sont encore bien loin, notamment dans les Alpes… au-delà il s’agit d’individus en phase d’exploration. Si plusieurs indications incertaines sont proposées ces dernières années, ce n’est que le 20 novembre 20192 qu’une première mention authentifiées est données. Il s’agit d’un Loup vu et photographié à Saint-Thomas-de-Conac (Charente-Maritime) qui a été signalée. Le 20 janvier 2020 le Loup est identifié en Charente, de nouveau par un contact ponctuel et sans suites.

Les derniers Loups du Grand Poitou auraient disparu dans les années 1930 : En patois local du Poitou on trouve comme en français le Loup. On crillait « cajho ! » pour les chasser. Quant au loup-garou, il porte le joli nom de galipote (et diverses variantes), la femelle étant la jhenope. Les derniers Loups gris typiques ou Loup de Linné, connus en France, l’on été entre 1935 et 1940 (1954 ?) en Poitou-Charentes.
Les récits sont nombreux et de nouveaux commentaires inédits sur la région sont encore rapportés, descendants d’hommes qui ont vu l’homme qui ont vu le Loup comme Dupuigre et Desroussilles (2019). J’en présente quelques uns choisi ici, avec tout ce que cela peut comporter d’incertitudes car chacun avons une imagination bien fertile et nous déformons volontiers la réalité tout particulièrement lorsqu’il s’agit du Loup. Dumerchat (2010) dit que l’entrée d’un Loup dans une ville, ou dans un camp, est un prodige attesté 23 fois du Ve siècle avant JC au IIIème siècle de notre ère, par des chroniqueurs et historiens latins. Ainsi ne viendra-t-on pas s’étonner du fait relaté par Grégoire de Tours pour un animal entré dans les murs de Poitiers (Vienne) dans les années 580 où on ferma les porte, le traqua et le tua. Cette histoire aux fondements vraisemblablement réels est associé à un volet de superstitions et de présages dramatiques. Durant la guerre de Cent Ans (XIV-XVe siècle) les loups pénétrèrent dans les rues de St Jean-d’Angély (Charente-Maritime) dévorant les cadavres qu’on n’avait alors plus la force d’enterrer. Le 23 octobre 1572 un vieil individu entre sans nulle gêne dans une boucherie à La Rochelle (Charente-Maritime) et fut malmené par les chiens et le gens. On a pu dans le secteur de Poitiers (Vienne) détruire 180 Loups et 358 louveteaux en 1770. Dans la Généralité de Poitiers (essentiel de la Vienne, des Deux-Sèvres, de la Vendée et le nord de la Charente) ce sont pas moins de 5247 Loups qui furent abattus entre 1770 et 1784 (Prévost 2014). Les Loups apprécient tout particulièrement les landes nombreuses dans la région, nommées les « brandes du Poitou ». A la fin du XVIIIe siècle, le Loup est en Deux-Sèvres plus abondant dans les arrondissements de Bressuire et de Parthenay. Notons que les battues étaient souvent organisées administrativement et qu’on trouve trace de documents attestant le contexte de celles-ci. En 1842 le Loup était assez répandu en Charente-Maritime, notamment dans les forêts de Benon, Chizé, les bois de Saintes et de l’Houmé. Il n’est déjà plus qu’en petite quantité et localisé au milieu du XIXe siècle sur l’essentiel de la Charente, mais de « belles populations » subsistent à proximité de la Vienne et de la Haute-Vienne et perdureront jusqu’au « bout ». En 1863 le duc de Beaufort vient spécialement d’Angleterre avec son équipage pour chasser le Loup en Poitou. Il est encore abondant jusqu’après 1870 dans les brandes de la Vienne, mais sur ce département le déclin sera rapide. Par ailleurs, dans les années 1880 il est dit qu’il devient assez rare dans les forêts de la Charente-Maritime. A la fin du XIXe siècle il ne subsiste plus en Deux-Sèvres que dans les cantons de Lezay et Sauzé. Dans ce dernier département les mentions deviennent très ponctuelles au début du XXe siècle et la dernière date de 1927. Ce ne sont pas moins de 121 Loups détruits dans la Vienne entre 1900 et 1929, essentiellement avant la première guerre mondiale date après laquelle les mentions deviennent très localisées sur ce département. De même 256 Loups furent tués entre 1900 et 1929 dans un de ses derniers beaux bastions situé en marge du département de la Charente. Pour la période de 1917 à 1937, Prévost (2014) a recueilli 42 données de Loups pour la région dont 34 authentifiées par la capture d’un animal. Si les derniers Loups du Poitou sont signalés au delà de 1930, un des derniers individus dûment attesté, est tué le 6 décembre 1927 sur Aigonnay (Deux-Sèvres) par Felix Morin. On trouve encore avec Prévost (2014) le cas d’un indvidu tué en 1932 sur Vinax en Charente-Maritime rapporté par Jeanne Brunet, le dernier Loup tué dans la Vienne signalé en 1932 à Pleumartin rapporté à Daniel Bernard ou un animal abattu en septembre 1933 sur la commune de Les Pins en Charente ainsi qu’un dernier en 1937 à St Angeau, toujours en Charente, dernier cas authentifié en France. Plusieurs mentions concernent ensuite principalement les Deux-Sèvres, voire la Vienne. Mais il doit subsister dans les autres départements du Poitou puisqu’en 1935 ce sont quelques individus qui auraient été aperçus en Forêt de Braconne (Charente), information parue dans le journal local, l’Observateur de Ruffec, le 3 mars. Il s’agit d’une des dernières mentions du Loup de Linné en France, néanmoins Salvat pense en 1937 qu’il reste quelques individus subsisteraient dans les bois impénétrables et les brandes du sud du Poitou et du pays Charentais de Montmorillon à Confolens, de Civais à Ruffec et à l’est d’Angoulême. Il en resterait de même encore en Dordogne entre Nontron et Ribérac. On rapporte même pour la Charente un contact dans le nord département en 1947. Outre le fait que ces indications tardives sont pléthoriques, on n’en connaît pas, ni les fondements, ni les sources exactes. Elles seront donc à considérer avec un doute raisonnable. Nous signalerons en dernier chef un Loup rapporté à Sauzé-Vaussais (Deux-Sèvres) en 1954, sans qu’il soit possible d’en apporter ni preuve, ni clairs fondements.

Je rappelle qu’en novembre 2019 on signale preuve à l’appuis, une observation de Loup en Charente-Maritime et en janvier 2020, un second cas de contact isolé concerne la Charente.

Habitats

L’espèce occupait en France une très vaste diversité d’habitats, représentées par nos campagnes, privilégiait au cœur de leur territoire, localité comprenant la tanière, des habitats forestiers ou les « brandes du Poitou » (landes) pour des motifs de tranquillité. On le trouve désormais dans les habitats refuges de montagne, tenant gite dans les forêts, il fréquente les alpages et dans le sud de la France, il vit aussi dans des garrigues. Dans le nord de l’Europe par exemple la Taïga lui convient et on le trouve dans les déserts dans la Péninsule arabique. Depuis le cœur, l’espèce se déplace et chasse sur des espaces pouvant allant de 150 à 300 km2, chez Canis lupus italicus, évitant ou restant plus discret dans les secteurs les plus peuplés par l’Homme dont il fuit la présence. Au cours de la période d’élevage des jeunes, notamment en été et en automne, le groupe se déplace moins et reste centré autour de la tanière. Le territoire fréquenté par une meute donnée est marqué olfactivement par les déjections et localement par la production de hurlements collectifs, le plus souvent nocturnes.

Phénologie

La reproduction a lieu en France en février-mars. C »est alors une période de forte tensions dans la meute favorisant la départ de certains individus qui entrent en exploration et partent à la recherche d’un individu de sexe opposé susceptibles ensemble de fonder une nouvelle meute. Les naissances surviennent en mai-juin. Les jeunes naissent aveugles, dans un refuge, souvent souterrain, nommé une tanière. Ils ouvrent les yeux au bout d’une douzaine de jours et sont allaités par leur mère pendant six ou sept semaines, puis ils sont nourris avec de la viande régurgité par les membres de la meute. Les louveteaux participent aux chasses avec la meute au bout de 5 mois. La maturité sexuelle peut s’exprimer vers l’âge de deux ans, pour peu que les individus aient fondé une nouvelle meute dont ils deviennent le couple α (alpha). La survie chez cette espèce est réduite puisque plus de la moitié des individus n’atteint pas un an et seuls 10% atteint sa troisième année, en particulier dans un contexte de persécution par l’Homme. Ce taux de mortalité au cours des deux premières années, limite fortement l’accroissement de la dimension des meutes. La longévité maximale est de 12 à 14 ans dans la nature.

Éléments de Biologie

Le Loup vit en meutes hiérarchisées dominée par un couple reproducteur associé à leurs enfants, plus ou moins âgés et qui ne se reproduisent pas. En France l’essentiel des meutes ne dépasse pas les 5 individus, mais elles peuvent être plus nombreuses dans des contextes plus favorables. Avec des portées annuelles de 4 à 5 louveteaux dont un peu moins de la moitié survit la première années, la meute est augmentée l’hiver suivant les naissance d’une ou deux unités, mais cette augmentation est transitoire puisque 90% des individus disparaissent au total dès la seconde année et les survivants peuvent alors se disperser ce qui permet la formation de nouvelles meutes qui au départ ne sont formées que par le couple fondateur. Une part de la descendance du couple, notamment les individus les Loups les plus âgés, se disperse et est susceptible de créer de nouvelles meutes, phénomène favorisé lorsque la meute d’origine est destructurée par la disparition ou le prélèvement d’un de ses membres. Ainsi la persécution des individus accelère-t-elle l’éclatement des meutes, la création de nouvelles meutes, la dispersion, voire l’expansion de l’espèce. La colonisation de nouveaux territoires est souvent saltatoire, laissant libre des territoires inoccupés dans la répartition de l’espèce.

Le Loup est un animal carnivore qui chasse en meutes organisées. Ses chasses sont essentiellement nocturnes. Il consomme entre 2 et 5 kg de viande par jour, où alternent de gros repas et des périodes de jeune, selon la réussite de ses chasses. Ses proies sont celles de son environnement, notamment des ongulés sauvages présents dans son environnement tels que le Chevreuil, le Chamois, l’Isard, le Mouflon ou le Cerf, ainsi que des proies plus petites comme le Lièvre, la Marmotte ou de petits Mammifères. Le loup trouve aussi sa nourriture parmi les troupeaux « sauvages » (environ 16% de son régime alimentaire en France): Ovins et Caprins, en général dans la mesure où les troupeaux sont mal gardés et laissés en pleine liberté dans des habitats naturels. Insectes, Amphibiens, Oiseaux, Reptiles sont parmi les proies accessoires et le loup consomme parfois même des fruits de manière anecdotique. Il peut réserver une part de ses proies afin de les consommer ultérieurement [OFB 2023, complété]. Il n’y a pas de populations de Chiens marrons en France, mais les Chiens échappés ou divaguants (ou Chiens errants) sont fréquents et ont selon certaines sources un impact très supérieur aux Loups sur le cheptel domestique : dérangement, déplacements, accidents collectifs en montagne, prélèvement pour la nourriture.

Références

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  • de Beaufort F. 1986 – Répartition historique du Loup en France métropolitaine. – Jeu de données, INPN – ONLINE
  • de Thiersant M.P. & Deliry C. (coord.) 2008 – Liste Rouge des Vertébrés de la région Rhône-Alpes. – CORA Faune Sauvage, Région Rhône-Alpes.
  • Deliry C. 2009 – Liste des Mammifères du Paléarctique Ouest. – Histoires Naturelles n°9. – PDF
  • Deliry C. (éd.) 2014 – Le Loup en France au vingtième siècle. – News Nature Life n°22, 23 février 2014.
  • Deliry C. 2014 – Loup gris. – Nature Life n°6, 19 septembre 2014. – PDF
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  • Dumerchat F. & Ribouillault C. 2013 – Histoire et mémoire du Loup. Charentes-Poitou – Vendée. – Cpe, Passeurs de Mémoire.
  • Dumerchat F. & Ribouillault C. 2018 – Le Loup en Poitou. – Ed. La Geste.
  • Dupuigrenet Desroussilles G. 2019 – Le Loup. – Ed. Montbel.
  • Fougeyrollas C.A. 1969 – Un animal de grande vénerie. Le Loup. Les chasses de loups en Poitou. – Ed.Perrin.
  • FRAPNA Drôme (coll.) 2006 – Le Loup dans la Drôme. – Le courrier des Epines drômoises, 130 (février 2006).
  • Grillo X. (coord.) 1997 – Atlas des mammifères sauvages de Rhône-Alpes. – FRAPNA, Lyon : 304 pp.
  • Mathieu R. 2020 – Les Loups de France. Description, historique, biologie, écologie et conservation. – FRAPNA Drôme nature environnement, FNE Auvergne Rhône-Alpes : 112 pp. – PDF LINK
  • Orsini O. 1996 – Quelques éléments sur la disparition du loup Canis lupus en Provence au cours du XIXème siècle. – Faune de Provence, 17 : 23-32.
  • Pascal M. & al. 2003 – Évolution holocène de la faune Vertébrée en France : invasions et disparitions. – INRA, CNRS, MNHN, rapport du Min. de l’Écologie (DPN), Paris, 10 juillet 2003 : 381 pp. – PDF LINK
  • Poulle M.L., Lequette B. & Dahier T. 1999 – La recolonisation des Alpes françaises par le loup de 1992 à 1998. – Bull. mensuel de l’Office national de la chasse, 242 : 4-13.
  • Prévost O. 2014 – Les derniers loups du Poitou-Charentes ? – Le Picton, 224.
  • Reynaud M. 1985 – Loups du Poitou. – Les Amis du paays de Lussac-les-Châteaux.
  • Teulière J.M. 2002 – Le Loup en Limousin, petite histoire d’une grande disparition. – Ed. Souny.

→ Le loup en France (OFB)

Notes

  1. Plusieurs taxons proches dont la valeur est difficile à définir ont été proposés à l’époque dans la région Rhône-Alpes ou la chaîne du Jura : sous-espèces flavus Kerr, 1792, major Ogerien, 1863, minor Ogerien, 1863. Il est raisonnable de n’y voir que des formes géographiques de Canis lupus lupus, mais une perte de la diversité génétique a accompagné la disparition de ce taxon en France (de Thiersant & Deliry 2008). Il s’agit désormais du Loup romain (Canis lupus italicus) qui est revenu dans la région. Ce sont au cours de l’hiver 2006-07, un peu plus de 20 individus qui sont recensés dans les Alpes rhônalpines. C’est une espèce sédentaire présentant un certain erratisme hivernal. L’expansion dans les années 2000 ne suffit pas à balancer les prélèvements « légalisés » : la population fonctionne en puits. Le CSRPN du 23 mai 2007 a proposé de renoncer à l’évaluation régionale qui s’approchait de la catégorie CR, actant qu’une telle évaluation n’avait de sens qu’à l’échelle de la France ou de l’Arc Alpin (de Thiersant & Deliry 2008). L’évaluation ayant été faite depuis, le statut régional du Loup romain est VU (2017). Le Loup est désormais dans l’ensemble des Massifs Alpins, mais rare en Haute-Savoie et il vient d’être observé dans le département du Rhône en 2021 (première confirmation pour ce département). Côté Ardèche les observations tendent à être régulières sur le Plateau, mais aucune meute n’y a été identifiée. ↩︎
  2. Le Poitou était le dernier fief du Loup de Linné (Canis lupus lupus) en France jusque dans les années 1930, avant son retour sous sa version « romaine » par les Alpes en 1992 (Canis lupus italicus). Pour l’instant seuls de très rares individus erratiques ont été signalés en Poitou-Charentes et les meutes les plus proches sont encore bien loin, notamment dans les Alpes ou le sud du Massif Central. Le 20 novembre 2019, près de vignes dans le sud-ouest de la Charente-Maritime à St Thomas de Conac un Loup a été authentifié sur photographie. Il est par contre indiqué Canis lupus lupus par l’Office National de la Chasse. Nous devrions avoir théoriquement Canis lupus italicus, sauf son origine soit encore plus lointaine (centre de l’Europe) ou qu’il s’agisse d’un individu échappé. Un communiqué de la Préfecture reprends bien cette sous-espèce. En absence de prélèvement d’ADN (poils, excréments)), il semble délicat de se prononcer sur la sous-espèce et sur l’origine de cet animal pour l’instant. On est pour l’instant sur l’hypothèse d’un mâle isolé en prospection. Noter qu’en Charente, plusieurs signalements de Loup ont été effectués ces dernières années, mais aucun n’a pu être attesté officiellement. Notons que l’automne correspond à une étape importante du cycle biologique de l’espèce appelée dispersion. A cette saison, les jeunes nés au printemps prennent pleinement leur place au sein du groupe amenant leurs frères ou sœurs plus âgés, à quitter la meute afin de chercher un nouveau territoire où s’établir. Ces individus en phase de colonisation peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant de se fixer, et ceci en quelques jours (distances de dispersion pouvant atteindre 800 km depuis le lieu d’origine). Le système de colonisation par « bonds » est caractéristique du Loup. Le nouveau territoire d’installation peut être séparé de la meute d’origine de plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres, laissant des espaces interstitiels qui peuvent être colonisés par la suite. Ceci explique notamment certaines observations isolées, loin des zones de présence permanente connues, comme dans la Somme. Ces individus en phase de dispersion peuvent séjourner plusieurs mois dans un secteur avant de le quitter ou s’y installer durablement si un couple se forme, donc une nouvelle meute est fondée. Lundi 20 janvier 2020 un grand canidé pris en photo dans une parcelle de labour et sur la route à Gurat à la frange du département de la Charente a été authentifié comme étant celle d’un Loup. Il s’agit de la première mention de l’espèce dans le département depuis plus d’un siècle. En Nouvelle-Aquitaine la présence du Loup a été avérée en Dordogne en 2015, dans les Pyrénées-Atlantiques en 2018 et 2019 et en Charente-Maritime fin 2019. – Voir : communiqués de presse, présentés par les préfectures : 22 novembre 2017 (Un loup identifié dans la Somme), 21 novembre 2019 (Sur le contact en Charente-Maritime) et 21 janvier 2020 (Un loup identifié en Charente). ↩︎