Loutre d’Europe

Mammifères

Lutra lutra Linnaeus, 1758 – Famille des Mustelidae, sous-famille des Lutrinae1

La Loutre d’Europe est un Mammifère carnivore aquatique de dimensions moyennes, pesant entre 6 et 11 kg et mesurant entre 90 et 130 cm de longueur. Les mâles sont un peu plus grands que les femelles.

On trouvait la Loutre d’Europe sur de vastes territoires depuis l’Afrique du Nord à l’Asie (jusqu’au Japon) en passant par l’Europe. Malgré un important déclin, elle est toujours bien représenté localement comme en Ecosse, Irlande ou Grèce. Elle a dès la fin du XIXe siècle disparu du nord de la France, d’une part importante de l’Allemagne occidentale, du Bénélux et du nord de l’Italie. Elle est en situation insulaire dans les îles Britanniques. La Loutre est présente depuis le Portugal à l’ouest de la France et après un hiatus lié à sa disparition depuis le Danemark et l’Allemagne orientale jusqu’en Grèce ou en Roumanie. Une part de son aire de répartition se trouve désormais isolés dans le sud de l’Italie.

Après un très important déclin au cours du XXe siècle en France, la Loutre a commencé à recoloniser d’anciens territoires dès les années 1980. Si ses populations semblent en bon état de conservation dans l’ouest du pays, ce n’est pas encore le cas sur son front de colonisation qui a atteint désormais la Haute-Savoie vers l’est. Les populations sont encore bien fragiles sur les secteurs les plus excentrés. Cette espèce a très largement occupé l’ensemble de la France continentale (ne manquant qu’en Corse) au cours du XIXe siècle encore. Sa protection depuis 1981 ne semble pas étrangère à son retour dans diverses régions où l’amélioration conjointe de la qualité de l’eau a dû agir aussi en faveur de l’espèce. Sa progression récente concerne l’occupation de la totalité de la Bretagne et l’investissement de l’ouest de la Normandie plus particulièrement, ainsi qu’un renforcement net des densité dans le Poitou, en Aquitaine et en Occitanie, de même que dans les Pyrénées. L’essentiel des Alpes, du Bassin Parisien et le Nord-Est du pays restent encore très peu investis. Cette progression de l’espèce voit renaître des conflits d’intérêt avec les pisciculteurs, faits néanmoins moins tenaces désormais dans le monde des pêcheurs. Jusqu’à dans les années 1930-1940 elle occupait l’ensemble du réseau hydrographique du pays. Le déclin est notable ensuite et il s’accentue et s’accélère nettement dans les années 1950-1960. Près d’une soixantaine de départements sont désertés dans le Nord et le Nord-Est ainsi que tout à l’est du Rhône. Au maximum du déclin, elle n’est plus notée que sur une douzaine de départements dont 3 seulement possèdent encore des populations relativement viables. Un mouvement de recolonisation opère à partir des populations relictuelles, avec 25 départements occupés dans les années 2000. La situation reste particulièrement critique dans le Nord et le Nord-Est du pays. Un essai de réintroduction en Alsace, semble ne pas avoir fonctionné et depuis l’espèce revient toutefois timidement.

En 2009 on retrouve des épreintes sur le Rhône dans le Vaucluse et il semblerait que la recolonisation de la vallée du Rhône se fasse doucement depuis la basse vallée de l’Ardèche (Héron & al. 2012). Sur le delta du Rhône, en Camargue, il n’y avait plus eu de contact depuis 1982, or, en juin 2015 une belle empreinte a été photographiée sur Beauduc (Girard 2015). Au Marais du Viguiérat, en Crau humide, la Loutre ne semble pas avoir été revue depuis les années 1950. Quelques épreintes y ont été découvertes en 2015, puis de nouveau contacts établis en 2022 (Anonyme 2024), tout comme d’ailleurs sur Beauduc.

Se trouve en Poitou-Charentes dans un de ses anciens fiefs, et s’il elle a régressé un temps, elle ne s’est jamais approché du risque de disparition. C’est actuellement une espèce en reprise dans l’est de la France. C’est un animal discret qu’il n’est pas toujours facile à repérer. Ses populations françaises ont été au plus bas dans les années 1970-1980. Tout à fait courante encore dans les années 1990 sur les départements littoraux de la Vendée et de la Charente Maritime, elle était toutefois devenue rare dans les Deux Sèvres et la Charente, quasi exceptionnelle dans la Vienne. Elle a repris du terrain depuis, sa marge de progression dans la Vienne étant encore significative. La Loutre a été régulièrement étudiée sur le Marais poitevin depuis les années 1980 et régulièrement suivie depuis les années 2000. Elle est bien représentée sur l’essentiel du Marais. Elle a récemment été confirmée sur la Sèvre dans la Ville même de Niort, ce qui est l’objet d’un reportage local.

En Rhône-Alpes, elle est en reprise, d’abord par le fin fond de l’Ardèche où elle semble avoir subsisté. Elle a été retrouvée sur la Vallée de l’Ain (Ain) dès les années 1990 (C.Deliry, obs. pers.) puis l’espèce n’avait plus été vue signalée après 2015 sur cette rivière. C’est alors qu’en novembre 2021, un individu est filmé au niveau des Gorges de l’Ain (LPO 2022).

Elle occupe toutes sortes d’habitats aquatiques, pour peu qu’elle y trouve du poisson ou des crustacés à consommer. Elle peut monter en altitude, tout comme être présente localement directement dans les eaux littorales comme en Ecosse par exemple. Les territoires, en particulier en hiver pour les mâles sont de très grande dimension (jusqu’à 40 km). Les territoires sont marqués par des traces odorantes associées aux dépôt sur des points « stratégiques » d’épreintes.

La maturité sexuelle est atteintes vers l’âge de deux ou trois ans seulement. Les premières portées ne surviennent généralement pas chez des femelles de moins quatre ou cinq ans. Les naissances ont lieux à divers moments de l’année, mais en Europe occidentale le pic de naissances se situe au printemps. Après la rencontre, brève, des mâles et des femelles, les jeunes naissent au bout de deux mois environ. Le nombre de jeunes est généralement de deux ou trois, exceptionnellement quatre. Ils restent avec leur mère pendant six mois à un an, ce qui ne permet qu’une seule portée par an. La mortalité juvénile est très importante puisque ce sont entre un quart et un tiers des loutrons qui meurent au cours des deux premiers mois. La longévité de cette espèce est importante car elle peut atteindre quinze ans, voire plus, notamment parmi les femelles. Les mâles ne dépassent le plus souvent pas l’âge de 10 ans. Toutefois la durée moyenne de vie n’est que de quatre à cinq ans. La dynamique d’augmentation des populations est très limitée, si bien que la progression de cette espèce est très lente.

On observe un optimum d’activité à l’aube et au crépuscule.

Il s’agit d’une espèce au comportement solitaire en général et ce n’est qu’en période de reproduction que les couples se rencontrent. La femelle reste accompagnée de ses jeunes jusqu’à leur émancipation.


  • Anonyme 2024 La Loutre est de retour en Camargue. – Le Marais du Viguiérat, Internet. – ONLINE
  • Bouchardy C. 2001 La Loutre d’Europe, une histoire d’une sauvegarde. – Catiche Production, Libris.
  • Dubois M. 2012 – Suivi de la répartition et gestion conservatoire de la Loutre d’Europe (Lutra lutra) dans le Marais Poitevin. – Parc du Marais Poitevin. – PDF LINK
  • Girard C. 2015 Actu 4 : vers un retour de la Loutre d’Europe en Camargue ? – Tour du Valat, dossier de Newletter, 30 juillet 2015. – ONLINE
  • Héron J.N., Blanc G. & Tatin D. 2012 Nature de Provence, 1 : 85-93. – PDF LINK
  • Jacquet F. 2009 – The return of otter (Lutra lutra) in Haute-Savoie (France) : development of a new method of habitat analysis. – Terre et Vie, 646 : 359-368.
  • Kuhn R. 2009 Plan national d’actions en faveur de la Loutre d’Europe Lutra lutra, 2010-2015. – SFEPM & MEEDDM : 108 pp. + ann.
  • Kuhn R. & al. 2019 Plan national d’actions en faveur de la Loutre d’Europe (Lutra lutra) 2019-2028. – SFEPM & DREAL Nouvelle-Aquitaine : 89 pp. – PDF LINK
  • Kruuk H. 2006 Otters : ecology, behaviour and conservation. – Oxford Univ. Press, New-York : 265 pp.
  • Lemarchand C. & Bouchardy C. 2011 La Loutre, histoire d’une sauvegarde. – Clermont-Ferrand, Catiche productions : 32 pp.
  • LPO 2022 – Une loutre d’Europe filmée pour la première fois sur la rivière d’Ain. – Site de la LPO France – ONLINE
  • Raimond S. 2009 A l’affût des loutres. – éd. Mines de Rien : 120 pp.
  • Rosoux R. & Green J. 2004 La Loutre. – éd. Belin, Paris : 96 pp.
  • Rosoux R. & de Bellefroid M.N. 2006 Le retour de la loutre en France. – Symbioses, 16 : 60-62.
  • Rosoux R. & Lemarchand C. 2019 La Loutre d’Europe. – éd. Biotope.
  • Soredello R. 2012 – Synthèse bibliographique sur les traits de vie de la Loutre d’Europe (Lutra lutra (Linnaeus, 1758)) relatifs à ses déplacements et à ses besoins de continuités écologiques. – Service du patrimoine naturel du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris : 19 pp.
  • Variol M. 2024 – 70 ans après avoir été chassée, la loutre est de retour en Camargue. – La Provence, 3 mars 2024.

  1. On connaît 13 espèces de Loutres dans le Monde, donc rangées dans la sous-famille des Lutrinés. ↩︎