Pie-grièche grise

Oiseaux

Lanius excubitor Linnaeus, 1758 – Famille des Laniidae

syn. – Lanius cinereus Gesner [AP], Collurio Aldrovandi [AP], Grande Pie-Grièche (Belon 1555), Grand Ecorcheur cendré (Albin [AP]), Lanius excubitor excubitor – Derne (1802, Lyon), Dernoyasse (1802, Lyon), Montagasse (Savoie), Arncat (Savoie), Pouchari (Bourgogne), Egujerse garelle, Calouass, Escayère, Matagasse, Matador, Geai blanc

Plaine de Bièvre (Isère) le 31 janvier 2005 – © R.Rufer

LC UICN – Aucune indication sérieuse de déclin n’est considérée par l’UICN, ce qui me semble une lacune majeure de l’évaluation de l’espèce, voire une négligence du contexte concernant les plus fortes populations (com. pers.)

Sous-espèces Lanius excubitor excubitor Linnaeus, 1758, Lanius excubitor bianchi Hartert, 1907, Lanius excubitor borealis Vieillot, 1808, Lanius excubitor funereus Menzbier, 1894, Lanius excubitor homeyeri Cabanis, 1873, Lanius excubitor mollis Eversmann, 1853, Lanius excubitor sibiricus (Bogdanov, 1881)

On la trouve en Eurasie, ainsi qu’aux États-Unis et Saint-Pierre-et-Miquelon. Elle est migratrice sur l’essentiel de son aire de répartition et n’est présente sur l’ensemble de l’année qu’en Europe. En déclin en Europe, menacée en France (EN 2008).

Elle est en fort déclin en France, en danger, l’espèce ne semble plus nicher significativement que dans le Limousin, l’Auvergne et le Jura. Il s’agit d’un déclin qui apparaît extrêmement rapide, y compris sur les noyaux principaux. De 4-5 couple en 1999 en Normandie, il n’y en a plus en 2006, de 23 couple en Tiérache dans l’Aisne, il n’y en a presqu’aucun en 2002 et il y avait 100 couples en 1995 en Picardie, les populations y sont désormais décimées. En période internuptiale cette espèce, raréfiée, peut s’observer jusque dans le Midi telle cette observation que j’ai faite le 25 avril 1997 à Aureille (Bouches-du-Rhône).

En Rhône-Alpes l’espèce est nicheuse en fort déclin (CR, VUm, VUw 2008), ce déclin a été entamé à l’échelle séculaire et il dépasse les 50% sur la dernière décennie. Le 29 décembre 2006, constatant qu’il n’y avait plus de cas de nidification signalé dans la région et que l’espèce n’était plus observée qu’en période internuptiale, je lance un appel sur Obsrhonalpes. En réponse G.Olioso (in litt. du 30 décembre 2006) confirme qu’il n’a rien vu passer depuis une bonne vingtaine d’années, G.Brunneau (in litt. du même jour) confirme de même, mais A.Ladet (in litt. le même jour aussi) indique une possibilité de 10 à 40 couples sur le Plateau ardéchois. Les stations internuptiales semblent les mêmes ces dernières années et les oiseaux qui y apparaissent dès le début du mois d’octobre y restent souvent jusqu’en février. On signale des oiseaux originaire de Pologne. Iborra (2009) par l’examen des observations récentes (2003-2008) révèle que désormais seul le département de la Loire semble montrer des possibilités de nidification. Des compléments de recherche restent à faire pour le Bugey et le Plateau ardéchois. Les populations régionales donnent une fourchette se fragilisant peu à peu, malgré un effort augmenté de recherche : 30-80 couples (1995-97), 16-86 couples (1996-2006) et 24-43 couples (2003-2008). On regarde un couple cantonné et paradant en 2007 sur Marlhes (Loire – M.Diot) comme un événement. Ce couple disparu aux alentours du 20 mai, revient en août et pourrait ne pas avoir réussi sa nidification.

Il n’y a pas de mention en nidification sur la période 2003-2008 dans l’Ain. L’espèce ne niche plus en Dombes, bien qu’en augmentation en hiver (Iborra 2009). Il n’y a pas de mention récente en Bresse et dans la Plaine de l’Ain, mais il reste quelques citations pour le Bugey. L’espèce pourrait donc ne pas avoir complètement disparu. Aucune mention dans la base du CORA pour la période 2003-2008 pour l’Ardèche (Iborra 2009), bien que quelques citations aient circulé sur Internet et que certaines indications concernent le Plateau ardéchoix. Bien que la Drôme fournisse six observations sur la même période, on ne connaît pas de cas récent de nidification (Iborra 2009). En Isère l’espèce est déclarée disparue en nidification (RE 2007). Ses statuts antérieurs étaient fragiles : CR 1996, Menacée 1989. Sa disparition est connue pour l’Isle Crémieu dans les années 1980, ainsi que dans les Monts du Chat. Sa présence au moins transitoire sur le Vercors est à souligner et on y connaît même des cas d’hivernage (non signalés à la Communauté). Iborra (2009) ne connaît pas de mention en période de reproduction sur ce département depuis 1986. Pour ma part, je sais qu’il y en a eu encore un peu en Plaine de Bièvre. C’est la Loire qui rassemble l’essentiel des observations pour la période de nidification sur la période 2003-2008 (80 %) et on y précise des cas de nidification probable (pas de certitude). L’espèce doit continuer à se reproduire localement dans les piémonts du Forez et du Pilat selon Iborra (2009). Le Roannais est déserté. Il n’y a pas de reproduction dans le Rhône (CORA 2003) et une seule mention hivernale récente (Iborra 2009). Elle est disparue en nidification de la Savoie, département où je l’avais encore observée à Albens le 25 avril 1982. On la considère comme éteinte en Haute-Savoie (RE 2009), avec aucune mention postérieure à 1993 sur ce département selon Iborra (2009).

Répartition internuptiale récente en Rhône-Alpes et Dauphiné (après 2000) par districts naturels (voir Lebreton 1977) : en bleu-clair (mouvements), bleu-foncé (hivernage), rosé (incertain) – ©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles (état 2009)
Evolution de la répartition en Rhône-Alpes en période de nidification, par districts naturels (voir Lebreton 1977) : 1960-79 – 1980-99 – état 2009 – Rouge : espèce commune – Orange : moins commune – Jaune : rare – Jaune-pâle : très rare – ©© byncsa – Cyrille Deliry – Histoires Naturelles (2009)

Histoire Naturelle

Elle était très commune en France, sédentaire, vue dans les bois et les montagnes en été, on la trouvait en plaine et près des habitations selon Buffon (1770). Elle n’a toutefois jamais été très commune, et, il s’agissait d’une espèce nicheuse assez rare en Dauphiné selon Lavauden (1911). Au XIXe siècle, elle est sédentaire dans la région lyonnaise (Olphe-Galliard 1855) et Bailly (1853-54) tient à préciser qu’elle niche dans le Faucigny (Haute-Savoie). Ceci témoigne d’une situation pas si favorable que cela sur le secteur Dauphiné-Savoie. Les fauconniers de Louis XVIII enfant, la dressaient à chasser les Moineaux au Jardin des Tuilleries à Paris. Cette espèce est selon Yeatman (1971) en retrait et en déclin. Elle a disparu selon le même auteur, de certaines zones des Pays-Bas et de Belgique. On la voit dans les années 1960 principalement en hivernage en France où les nicheurs sont désormais très localisés (Nord, Perche, Bretagne, Vaucluse (sic !), au marais de Saint Gond, en Sologne et au pied des Pyrénées. Lebreton (1977) précise que les citations rhônalpines internuptiales sont nombreuses, avec des maximums en novembre-décembre notamment. Même je ne sais distinguer la Pie-grièche méridionale (splitée ultérieurement), il est possible de constater un déclin très important et accéléré en période internuptiale au cours des années 1990 en Rhône-Alpes. Selon Vansteenwegen (1998) les effectifs ont diminué de moitié entre les années 1970 et 1990. Des indicateurs montrent que l’espèce aurait été moins nombreuse dans la région Rhône-Alpes au XIXe siècle qu’au milieu du XXe siècle. Après cette période on enregistre une régression très importante. Elle pourrait avoir eu une légère reprise après 2003, mais on note de nouveau une baisse du nombre de mentions depuis. Encore dans les années 2000, l’espèce continue de décliner significativement dans la région.

Texte rédigé par Cyrille Deliry, version améliorée du 31 octobre 2009

Références

  • Iborra O. 2009Synthèse des données de Pie-grièche grise Lanius excubitor dans 7 départements de Rhône-Alpes. Période 2003-2008. – Doc. : 3 pp.

Quelques observations personnelles (Cyrille Deliry)

Généralement isolée : 25 avril 1982 (couple : Saint-Félix- Haute-Savoie), 3 septembre 1993 (Saint-Hilaire-de-Brens – Isère), 26 février 1994 (Frontonas – Isère), 7 janvier 1995 (Peyrieu – Ain), 25 avril 1997 (Aureille – Bouches-du-Rhône), 25 décembre 1999 (Domessin – Savoie), 8 mars 2005 (Bouvesse-Quirieu – Isère), 2 mars 2006 (Bouvesse-Quirieu – Isère), mi octobre 2006 (Prébois – Isère), 31 décembre 2011 (Chonas-l’Amballan – Isère)